Dans quels domaines la médecine génomique est-elle déjà envisagée ? Quelles sont les maladies ciblées actuellement ?

L’information génomique s’avère potentiellement intéressante dans différents domaines pour élucider les mécanismes moléculaires de maladies rares et monogéniques :

  • Déterminer les causes des maladies dites orphelines,
  • Diagnostiquer l’état porteur ou non de maladies héréditaires monogéniques,
  • Prédire le dosage, l’efficacité ou les effets adverses de médicaments (pharmacogénomique),
  • Identifier les variants génétiques influençant la prédisposition aux maladies complexes communes, comme le diabète, les maladies cardiovasculaires ou inflammatoires. Utiliser l’information génomique pour identifier de nouvelles cibles thérapeutiques ou développer des outils diagnostiques personnalisés prédictifs,
  • Séquencer le génome des tumeurs ou leur transcriptome (l’ensemble des ARN Messagers) à des fins pronostiques ou d’identification de cibles thérapeutiques,
  • Dépister la trisomie 21 chez un fœtus par des méthodes non-invasives, à partir d’une prise de sang chez la mère (dépistage anténatal non-invasif).

 

Quelques exemples…

 

Le diagnostic anténatal non-invasif

Le diagnostic anténatal non-invasif est une méthode permettant l’étude de l’ADN du fœtus à partir d’une simple prise de sang chez la mère. On peut retrouver des fragments d’ADN du fœtus dans le plasma de la mère, l’étude génomique se réalise donc à partir de l’ADN plasmatique.
Ce test permet de dépister les trisomies 21, 13 ou 18, et de déterminer le sexe du fœtus mais une trisomie doit toujours être confirmée par un deuxième test, invasif cette fois (ponction de liquide amniotique).
De plus en plus de sociétés privées proposent ce diagnostic, d’où la nécessité pour les centres de génétique académiques de se saisir également de cette méthode afin de maîtriser la technologie ainsi que les coûts. Il existe une pression du patient, qui incite les centres de génétique à prendre position pour offrir ce service également, en fixant leurs conditions de manière coordonnée.

 

Les maladies héréditaires monogéniques

Le séquençage de nouvelle génération va permettre de rechercher dans le génome où se situe l’anomalie génétique (les maladies héréditaires monogéniques sont dues à une mutation dans un seul gène. Elles sont transmises de manière héréditaire, on parle d’ailleurs aussi d’hérédité mendélienne), en comparant celui de l’enfant à celui de la famille. Cette recherche est importante du point de vue du savoir médical (comprendre ce qui est à l’origine de la maladie afin de définir le pronostic et le traitement) mais aussi pour les familles, qui veulent savoir pourquoi leur enfant a développé une maladie génétique et quel est le risque pour d’autres enfants à venir.

 

Maladies complexes communes

Il s’agit de maladies dont l’origine résulte pour une part d’une prédisposition génétique mais aussi des conditions de vie de la personne : maladie de Crohn, maladies cardiovasculaires, obésité, diabète, Alzheimer, Parkinson, sclérose latérale amyotrophique, schizophrénie, addictions,…
Le séquençage à haut débit va aider à récolter de l’information sur les prédispositions, les risques de développer une de ces maladies. On aura de plus en plus d’informations permettant de mieux évaluer la prédisposition liée aux différentes mutations par rapport au développement de la maladie et ainsi de proposer une approche préventive personnalisée aux sujets « à risque ».

 

Les tumeurs

C’est la prochaine étape, le séquençage à haut débit va y arriver. Il va aider à identifier les anomalies génétiques dans l’ADN qui rendent les cellules cancéreuses. Ce sera un pas important vers un traitement individualisé et ciblé du cancer.
Le cancer est une maladie qui fait intervenir un grand nombre de mécanismes différents au niveau de chaque individu ; un cancer, même du même type, n’est pas l’autre… C’est pourquoi il faut considérer chaque nouveau cancer comme une entité nouvelle, qui dépend des paramètres de chaque personne. Mieux on connaît ces paramètres, notamment génomiques, mieux on peut ajuster le traitement pour de meilleures chances de guérison.
Outre les cancers qui surgissent sans prédispositions familiales apparentes, il y a aussi la composante héréditaire du cancer. L’exemple le plus connu est celui de mutations des gènes BRCA1 et BRCA2, associés à un risque accru de développer un cancer du sein ou de l’ovaire. C’est à la suite d’un test génétique attestant une mutation de son gène BRCA1 que l’actrice Angelina Jolie a décidé de subir une mastectomie bilatérale préventive. Dès avant cet épisode, les centres de génétique connaissaient un accroissement significatif des demandes de tests génétiques pour le dépistage des mutations des gènes BRCA1 et BRCA2.
Chez nous, ces mutations s’observent chez 1 femme sur 400, ce qui en fait des facteurs génétiques pathogènes des plus fréquents. Dans certaines populations, leur incidence est encore beaucoup plus grande, avec le cas emblématique des femmes juives de descendance ashkénaze : 1 sur 40 est porteuse d’une mutation d’un des deux gènes BRCA associée à un risque majeur de cancer du sein ou de l’ovaire !

Vincent Bours professeur de génétique à la Faculté de Médecine de l’Université de Liège.
Il dirige le Centre de génétique humaine du CHU de Liège ainsi que l’Unité de recherche Génétique du GIGA à l’ULg.
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